Broadcastability

Une Conversation avec Laurent Colart: Enseigner l’inclusion pour construire un monde accessible

Season 2 Episode 4

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Dans cet quatrième épisode de la deuxième saison de Broadcastability, les animatrices Chloë et Isabelle échangent avec Laurent Colart, un enseignant de cours pratique pour les conducteurs d’engins de chantier. Laurent habite en Wallonie en Belgique et il a la sclérose en plaques. Durant cet épisode, Laurent raconte sa transition entre entrepreneur et enseignant, ses expériences en tant que personne handicappé que fait travail avec les grosses machines, et ses strategems pour enseigner non seulement le terrassement, mais aussi l’inclusion et l’accessibilité. 

 Vous pouvez trouver une transcription de l’épisode accessible aux lecteurs d’écran ICI
Vous pouvez aussi trouver une version vidéo de l'épisode avec sous-titres ICI 

Générique de l'épisode: 

Animatrices: Chloë Atkins et Isabelle Avakumovic-Pointon 

Réalisatrices: Chloë Atkins et Isabelle Avakumovic-Pointon 

Monteuse:   Isabelle Avakumovic-Pointon 

Art de Couverture: Isabelle Avakumovic-Pointon 

Transcription: Isabelle Avakumovic-Pointon 

Musique: Justin Laurie 

 

Reconnaissance du financement: 

Nous remercions Scarborough College à l’Université de Toronto et nos partenaires communautaires, la station radio Indie 88, l’association Disability Rights UK, et le projet de recherche SORD à l’Université de Manchester, pour leur aide. Nous tenons également à remercier nos partenaires financiers : le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et TechNation. 

French: 

Laurent: [00:00:03] Certaines personnes me disent… ils disent, « Oui, bon, au fond, tu serais plus tranquille dans un bureau, voilà, faire des tâches, mais… Voilà, un, ce n’est pas du tout mon état d’esprit et c’est pour moi plus compliqué de travailler dans le bureau que d’être sur le terrain avec mes élèves et dans la machine.

Chloë: [00:00:26] Bienvenue à Broadcastability, un podcast pour, par, et à propos des personnes en situation de handicap dans le milieu professionnel. Ce podcast fait partie du Projet PROUD à l’Université de Toronto. Pour plus d’informations, veuillez consulter notre site web fr.theproudproject.ca

Isabelle: [00:00:54] Le projet PROUD est basé à l’Université de Toronto, sur les territoires traditionnels et ancestraux des Hurons-Wendat, des Sénèque et des Mississauga de la rivière Crédit. Nous aimerions également reconnaître les autres terres autochtones de l’île de la Tortue où nous menons nos recherches et enregistrons ce podcast, dont les territoires traditionnels, ancestraux et non cédés des Premières Nations Musqueam, Squamish et Tsleil-Waututh.

Chloë: [00:01:24] Bonjour, je m’appelle Chloë Atkins. Je suis la chercheuse principale du projet PROUD. Je suis professeur de science politique à l’Université de Toronto et je recherche les enjeux du handicap. J’ai une maladie épisodique qui fait que j’ai beaucoup d’expérience personnelle avec l’emploi et le handicap.

Isabelle: [00:01:51] Bonjour, je m’appelle Isabelle Avakumovic-Pointon et je suis l’assistante de recherche pour le projet PROUD. Je suis étudiante en doctorat à l’université de la Colombie-Britannique et je recherche l’histoire des personnes en situation de handicap. Du côté personnel, j’ai moi-même des handicaps invisibles.  

Alors, notre invité aujourd’hui est Laurent Colart, un professeur de cours pratique pour les conducteurs d’engins de chantier qui habite en Wallonie, en Belgique.

Chloë: [00:02:22] Oui, Laurent est un homme qui ne cesse pas de trouver des solutions créatives pour surmonter les obstacles. Cela lui permet de continuer de travailler sur le terrain avec ses étudiants, malgré son handicap physique.

Laurent: [00:02:37] Voilà, donc je m’appelle Laurent, j’ai 57 ans, je suis conducteur d’engins de chantier de formation. Alors bien voilà, je suis atteint de sclérose en plaques depuis l’âge de 36 ans et j’avais… donc c’est en 2002. J’habite en Belgique, dans la région du Hainaut, donc en Wallonie francophone.

Isabelle: [00:02:57] Pourriez-vous nous décrire un peu votre parcours professionnel ? Comment ça s’est passé pour vous ?

Laurent: [00:03:05] Depuis le début ?

Isabelle: [00:03:06] Depuis le début.

Chloë: [00:03:07] Oui, l’école et après. Ou un peu de ta famille, votre famille. Parce-ce que peut-être il y a une influence de vos parents ou vos frères ou sœurs ?

Laurent: [00:03:19] Je suis l’aîné d’une fratrie de trois, de trois fils. Donc, on a eu une belle enfance. Mon père était entrepreneur, donc, voilà. J’ai été à l’école jusqu’à l’âge de seize ans. Tout se passait bien. À l’âge de seize ans, j’ai voulu, étant donné que je conduisais déjà les engins de terrassement, j’ai voulu devenir ouvrier, donc mon père m’a embauché directement parce que j’étais déjà, on va dire, compétent à l’époque, je connaissais déjà le métier.

Et voilà. Donc j’étais ouvrier. Ensuite, je suis devenu entrepreneur, donc indépendant, dans le terrassement, bien entendu. Et ensuite, après une vingtaine d’années à mon compte, là je suis passé enseignement. Donc je suis devenu professeur de cours pratique pour les conducteurs d’engins de chantier. Et donc, ça a commencé en 2009 et je suis depuis 2009 toujours dans le métier.

Chloë: [00:04:20] Pourriez-vous parler ou partager l’expérience d’avoir des emplois quand vous étiez « normal » ou valide ? Et après. Est-ce qu’il y a une différence entre l’ambiance, les conditions, le contexte entre les deux états pour vous ?

Laurent: [00:04:42] Donc, étant donné que j’étais indépendant, ben, ça a toujours… ça c’est toujours très bien passé. J’ai toujours fait ce que j’ai voulu. Je travaillais, voilà, on va dire normalement beaucoup. Puis, en 2002, une fois que j’ai eu une sclérose en plaques, j’ai pu continuer à travailler aussi comme j’étais encore indépendant. Ça a duré quelques années et là, j’ai pu, j’ai pu entrer à l’école vraiment par hasard.

Donc là, pareil, je suis arrivé ben, je suis dans la soupe. J’ai intégré l’école de manière tout à fait normale. On ne voyait rien de particulier par rapport à mon état de santé. Bon, au fil des ans, j’ai commencé à boiter un peu, eh ma jambe droite, là je suis un petit peu… Oui, je boitais donc certains collègues me disaient « Ah, Laurent, tu n’es pas bien ? »

Je dis « Oui ça va, non pas de souci, c’est un petit problème de chevilles, », mais sans plus. Bon oui, au fil du temps, ça s’est un peu énervé. Et là, j’ai des collègues avec qui je pouvais parler franchement. J’avais la sclérose en plaques et ainsi de suite. Comme ma direction, mon chef d’atelier, le chef de travaux, il n’y a jamais eu de soucis. Une, une, une ou deux personnes au sein de l’école qui étaient un petit peu, bon, réticentes et disaient que j’étais un peu bête de continuer à vouloir travailler en ayant des problèmes. Mais bon,

je n’ai jamais, je n’ai jamais réagi à leurs dires. Et j’ai continué à travailler. Ça se passe bien et voilà. Donc, entre l’avant et l’après, il n’y a pas… C’est plutôt, à partir de 2002, la progression qui a fait que, pour certains, il n’y a pas de souci, je peux continuer à travailler. Mais pour certains, il faudrait bien que j’arrête.

Mais c’est pas mon but du tout.

Isabelle: [00:06:40] Oui et pour vous, c’était plutôt une évolution qu’une révolution ? On peut dire.

Laurent: [00:06:47] Oui, c’est ça. Disons que c’est une évolution à mon avis normale. Je n’ai pas de gros gros problèmes en soi, mais la neurologue, il m’a dit, bon, vous vieillissez, les plaques au cerveau vieillissent aussi et du coup, voilà, ça se remarque plus. Je n’ai pas fait de poussées depuis au moins dix ans et voilà.

Isabelle: [00:07:12] Oui. Alors, vous avez dit que la première personne ou les premières personnes que vous avez… avec qui vous avez parlé de votre handicap, c’était votre direction ? C’est ça ? Ou votre…

Laurent: [00:07:30] Non, dans un premier temps, vraiment des collègues de travail.

Isabelle: [00:07:36] De collègues.

Laurent: [00:07:38] Et qui, me connaissant, ils l’ont bien pris. Ou parfois il y a des gens qui… s’étonnent beaucoup. Je ne sais pas. Ils pensent qu’on va mourir de la sclérose en plaques. Et je leur dis, non, je l’explique. Bon, il y a peut-être des cas plus compliqués que d’autres, comme on dit sur Belgique, c’est la maladie aux mille et un visages.

Je ne sais pas si on dit pareil chez vous. Voilà. Et donc, disons que j’ai toujours indirectement rassuré les gens. C’est vrai que, à l’époque, je ne savais pas c’était quoi la sclérose en plaques. Quand la neurologue m’en a parlé. C’est comme s’il m’avait annoncé que j’avais une grippe. C’est… fin, je veux dire, ça ne m’a pas plus touché que ça. Et vu que j’avais rien de spécial,

Sur le coup, je ne me suis pas imaginé à quel point ça pouvait, ou pour certains ou pas, mais être grave ou dur, vivre et ainsi de suite. Et voilà, ben, au fil du temps, on s’y fait et il n’y a pas… Bah, dans mon cas j’ai… ça va. Même psychologiquement, j’ai toujours bien accepté la maladie, je suis très très bien entourée par ma famille.

Ça, c’est quelque chose de très important parce que j’ai malheureusement des connaissances qui sont complètement laissées pour compte ou abandonnées. Voilà. Et donc, je veux dire qu’il faut un bon entourage.

Il faut…Il faut y croire, il faut… Voilà, il ne faut pas laisser tomber les bras, bien entendu. Il faut se battre, c’est un fait, eh ? Il faut vivre ça au jour le jour, minute par minute, parce qu’on peut être bien maintenant, dans une demi-heure on est moins bien ou l’inverse ou dans quelques heures. Ou on ne se lève pas bien, on est bien l’après-midi, ou l’inverse. Voilà, c’est ce que je peux dire pour l’instant.

Évolution de la maladie et changements au travail [00:09:28] :

Isabelle: [00:09:28] Comme votre maladie a évolué, est-ce que votre manière de travailler a changé ? Ou est-ce que vous avez reçu des aides, des supports, des adaptations au travail pour vous aider à continuer dans votre travail ?

Laurent: [00:09:50] C’est ça. En fait, quand, en effet, la maladie a évolué, là j’ai commencé… En tout cas, les jours où… Je travaille un jour sur deux. Donc, le mardi et le jeudi, je suis en congé et je profite de ces jours-là. De plus en plus, ça a été l’obligation de me reposer, de faire le minimum. J’allais faire ma kiné, ainsi de suite.

Ou les examens médicaux, quels qu’ils soient. Mais pour le reste du temps, je me reposais pour être en forme le lendemain. Parce que c’était, on va dire, nécessaire pour être top au boulot, pour être top avec mes étudiants.

Isabelle: [00:10:39] Et juste pour intervenir — est-ce que c’était déjà le système quand vous êtes arrivé au début de votre travail avec l’école ?

Laurent: [00:10:49] Oui, c’est le système de congé, c’est ça ? Oui, en fait, c’était un peu différent, mais c’est vraiment le hasard. Là, c’était deux jours de travail complets et deux demi-jours. Mais puis on eu un changement de direction. Bon, le directeur, je lui ai parlé tout de suite que j’avais de problèmes en guillemets, que j’avais le sclérose en plaques, et là, directement lui, il a envisagé de faire un jour sur trois, un jour sur deux. Et il m’a dit, « Écoutez, c’est bon pour vous et, en même temps pour mes étudiants, je ne veux pas qu’ils fassent deux demi-jours. Je préfère qu’ils fassent une journée complète parce que le temps de nettoyer les machines, de les mettre en route le matin, ainsi de suite c’est de perdre de temps. Autant faire une longue journée qu’une courte journée. » Et moi, ça m’a bien… c’était bien pour moi et pour tout le monde. Mais, le directeur a fait que.

Chloë: [00:11:41] Est-ce qu’il y a un médecin de travail qui a fait du conseil à vous ou à votre école pendant ce temps, cette époque ? Ou non ?

Laurent: [00:11:54] Non. Je n’ai jamais eu de rendez-vous particulier. J’allais passer mes visites médicales comme tout le monde, visites de postes de sécurité. Puisque les professeurs de cours pratiques, c’est des postes de sécurité, en plus dans mon cas. Et on n’a jamais eu de souci du tout. Voilà. Et alors, en 2021. En 2021, là, par contre, j’ai envisagé de, moi-même de… pour me soulager et pour économiser mon corps, pour être en forme après pour la famille, pour les loisirs et ainsi de suite,

je me suis dit, « Bon, Laurent là, tu dois trouver quelque chose pour t’aider. » Et j’ai envisagé une chaise électrique, mais sur chenille. Comme ça, ben plutôt que de marcher dans la boue ou dans les cailloux et ainsi de suite — parce que, voilà, en Belgique, il pleut souvent à ce moment-là. Voilà, je suis sans fatigue de mon corps. Par rapport à ma sclérose en plaques, il y a fatigue et fatigue. Et donc voilà.

J’ai eu ça comme idée. J’ai fait des essais, déjà en 2019, je pense. Il y a un monsieur qui était venu avec du matériel de professionnel. J’ai essayé sur le terrain pendant 3 h. C’était, c’était la solution. Et au fil du temps, j’ai dit, « Bon voilà, maintenant, j’en ai besoin. » Et là, du coup, les mentalités ont un peu changé avec mon employeur. Il s’est dit, « Ah, il en a besoin, donc il est peut-être plus capable de travailler. » Et là, par contre, je dois encore à l’heure actuelle me battre. Le dossier est en route, mais je vais dire, ils ont le temps. Ce n’est pas du tout coutumier de…

En plus, dans mon métier, le métier d’enseignant, voilà. Et pour les cours pratiques de conducteur d’engins de chantier, il n’y a que quatre sections en Wallonie, quatre écoles, donc ce n’est vraiment pas courant. Donc je peux comprendre que les aménagements de postes de travail sont compliqués, même si ici, vous avez l’AVIQ. Donc c’est en Belgique, une agence de qualité de la vie qui est tout à fait d’accord pour, on va dire, payer ces aménagements, en tout cas. Mais il faut que tout le monde se… tout se goupille bien. Donc je suis toujours en attente, mais normalement ça devrait aller. Donc actuellement, du coup, je n’avais pas recouru à la médecine du travail, mais maintenant je l’ai… j’ai eu la visite, j’ai été présenté et donc du coup, en attendant ces aménagements, je suis… je fais le travail administratif.

Donc au sein de l’école, on me donne des tâches. Voilà, voilà, voilà. C’est le seul contact que j’ai eu avec la médecine de travail. Voilà. C’est pas du tout… je pense qu’en temps normal, la mentalité… parce que maintenant, je connais bien entendu beaucoup de gens qui sont dans mon cas. Et la mentalité c’est de faire arrêter les gens. On va plus facile de de dire, « Bon, allez, c’est tout. » Et les gens sont d’accord.

Et, sur le coup en tout cas, ils disent « Ben oui, je ne suis pas bien. Il faut que je trouve des solutions. » Mais ils ne pensent pas à aménagements. Moi, c’est ce que j’ai pensé tout de suite. J’ai dit, « Il faut que je trouve la solution. » Et comme il y a des aménagements… C’est vrai que, les aménagements, et je veux dire officiels, de l’AVIQ, j’étais pas trop au courant, je ne me suis pas trop renseigné, j’ai essayé, j’ai essayé de ménager pour moi directement, en gros. Mais après j’ai appris que l’AVIQ pouvait intervenir, mais c’est directement avec l’employeur et non avec le malade, on va dire.

Isabelle: [00:15:43] Et et juste pour aller un peu plus vers l’attitude. Vous avez dit que vous avez beaucoup de connaissances qui ont aussi la sclérose en plaques. Comment est-ce que vous avez rencontré ces gens-là ?

Laurent: [00:15:54] Bon, il y a des gens… Bon, bien sûr, vous avez la Ligue belge de la sclérose en plaques, hein ? Il y a dans chaque province un comité provincial et, en général dans chaque province comme ça, il y a aussi des… les plus grosses villes où il y a des petits, on va dire associations, voilà, des petits clubs et ainsi de suite. Et donc, moi, je fais partie ici à Mons du groupe Delta, pour le nommer.

Et là, bien sûr, nous sommes environ une trentaine de membres. On se réunit, on fait de temps en temps des petites activités et ainsi de suite. Et bon pareil, il y a des gens dans tous les états physiques : des gens, ça ne se voit pas et il y en a ils sont vraiment en chaise. Moi, c’est entre les deux, je suis avec ma canne. Mais disons qu’il y a…

La plupart ne travaillent plus, déjà. La moyenne d’âge, j’ai envie de dire, c’est 40 ans. Ouais, plus ou moins. Il y a un des monsieurs qui est en fauteuil. Il a fini sa carrière d’enseignant. Je pense qu’il était professeur de cours de math, mais il avait sa chaise, on a tout adapté à l’époque, il était jusqu’à l’âge de la pension. Mais par contre, il y a beaucoup de plus jeunes, même enseignants, on leur a dit, « Bon stop, c’est fini. » Ben, ils n’ont pas cherché, ils ont arrêté, quoi. Maintenant ils le regrettent. Quand ils voient, et je vais dire mon combat, pour, pour vouloir rester, parce que je veux rester dans ma fonction. Et bien, ils me disent, « Ah c’est bien, j’aurais dû, j’aurais dû faire comme ça. » Et en fait, ils n’ont pas eu les renseignements, ils n’ont pas têtu la volonté, j’en sais rien.

Moi, je suis un mec, sans me vanter, je suis un battant, enfin. Ça veut dire que je veux continuer. Entre guillemets, il y a que ça que je sais faire. Et voilà, il n’y a plus que ça que je sais faire. C’est vrai que, si j’étais conducteur d’engins encore indépendant ou dans une entreprise, travailler tous les jours de 7 h du matin à 17 h serait plus possible.

Ça, je le sais. Mais, en tant que professeur, enseignant, voilà, il n’y a pas de souci. Et… voilà… Maintenant, voyez, donc je vous dis, voilà pour comment je connais des gens. Ou alors, quand je suis en revalidation, je vais, tous les ans, je vais trois semaines, fin, depuis 2017. Je vais trois semaines faire une petite cure de tonus. Voilà. Excusez-moi, je vous ai coupé la parole.

Chloë: [00:18:20] Non, non, non, non, non. Pourquoi, vous pensez, que les autres ne travaillent pas ? Et quelle est les racines de…

Laurent: [00:18:32] Disons qu’il y a, sans les critiquer, il y a plusieurs cas. Il y a des gens qui se disent, « Bon, au fond, je suis chez moi tranquille, je suis payé. » En gros ,pour être plat. Il y a des gens que, je vous ai dit, qui ne savaient pas qu’ils auraient pu essayer de… Il y a une dame. Elle a essayé avec son école, puisqu’elle est enseignante aussi, d’avoir, par exemple, des rideaux quand le soleil donnait sur les vitres.

Et donc, elle avait demandé à la direction pour avoir des rideaux. Elle n’en a pas eu. Ça a trainé, on leur a toujours dit que oui, et pour finir, il n’y avait jamais le budget. Parce que toujours le problème, c’est le budget. Et donc voilà. Et après, elle s’est, entre guillemets, dégoûtée. Elle a dit, « Bon, stop, j’arrête ! » Et voilà. Il y a beaucoup de cas différents, beaucoup de cas différents.

J’ai pas d’autres en tête comme ça, mais… Fin, en gros c’est ça, on leur a dit. Ils sont passés chez le médecin du travail, le médecin du travail leur a dit, « Non, écoutez, c’est quand même grave, vous devez penser à vous. » « Oh, oui, cohérent, OK d’accord. » Mais maintenant il y en a beaucoup qui regrettent. Parce qu’ils ont 30, 35, 36, 40 ans, ils sont chez eux du matin au soir et rien de bien. Voilà, il y a plus rien de…

Chloë: [00:19:56] C’est difficile.

Laurent: [00:19:57] C’est pas facile et ainsi de suite. Voilà.

L’influence du docteur du travail sur la décision de continuer à travailler ou d’arrêter [00:19:58] :

Isabelle: [00:19:58] Oui. Et je voulais… C’est intéressant que vous ayez dit que c’est souvent la parole du médecin de travail qui décide.

Laurent: [00:20:12] Oui.

Isabelle: [00:20:13] Au lieu de l’expérience de la personne. Est-ce que vous avez eu des moments où… ben, si vous ne voulez pas partager, ça va, mais où quelqu’un vous a dit, « Ah, c’est pas possible pour vous, », mais c’était possible pour vous et que vous le sachiez.

Laurent: [00:20:32] Oui, oui, oui, j’ai une expérience puisque quand, je dis, au début de, voilà, on va dire, il faut chercher des solutions, de ça. Moi, j’ai fait venir, donc du centre de thérapie, j’ai fait venir, donc j’en ai parlé au médecin généraliste qui s’occupe de tout. Et à ce moment-là, il m’a proposé d’envoyer son ergothérapeute sur le terrain d’exercice, là où je travaille, pour voir un peu.

Parce que, entre ce que je dis et ce qu’ils allaient voir, il y a peut-être une différence. C’est vrai que… voilà. Donc ils sont venus et ils m’ont filmé, ils m’ont photographié. Ils m’ont vu à l’œuvre et tout, et il n’y a pas de souci. Donc ça, c’est une chose. Donc j’avais un rapport, on va dire, favorable de gens extérieurs à mon employeur, aux médecins du travail.

Quand je suis allé chercher les résultats d’une enquête chez la médecine du travail, j’étais avec l’assistante de la Ligue belge de la sclérose en plaques, l’assistante sociale, et directement, le médecin nous a dit, « Écoutez, Monsieur Colart, regardez, M. Colart, vous ne savez plus travailler, c’est plus possible. » Voilà. Un peu ce que je vous disais avec les autres. Et alors à ce moment-là, l’assistante sociale, elle a dit, « Montre, montre le rapport des ergothérapeutes, » Et là, il a lu le rapport et il s’est dit, « Oui, en effet, s’il y a des aménagements, il y a une possibilité. » Parce que normalement, moi, je pense que, d’après ce que j’en sais, je ne sais pas chez vous, mais c’est le médecin du travail à la base. D’accord, il y a un problème ou de dos ou de membre supérieure là. Mais normalement, c’est lui qui doit éventuellement proposer des solutions. C’est son job. 

Mais sinon, c’était, « Boop, stop, c’est fini. » Parce que, peut-être que lui, ce serait fini pour lui, j’en sais rien. Mais donc ça reste quand même, même s’il y a du médecin, il y a du côté côté personnel aussi, à mon avis, qui entre en compte. Et donc voilà. Et une fois que, voilà, il a lu le dossier une ou deux fois, il a dit « OK ça va s’il y a les aménagements, à ce moment-là, c’est OK. Mais en attendant, Monsieur Colart fera de l’administratif. » Donc voilà.

Chloë: [00:22:42] Pensez-vous qu’il y a une meilleure stratégie qu’un médecin du travail ?

Laurent: [00:22:52] C’est-à-dire que, là aussi, c’est mon avis personnel. Je ne suis pas… Mais je pense que…

Chloë: [00:22:57] Bien sûr. Bien sûr.

Laurent: [00:23:00] Il y a beaucoup de choses que, on va dire, ces gens-là, je n’aime pas employer ce mot-là, mais voilà. Ils ne savent pas reconnaître tous les métiers, toutes les fonctions et ainsi de suite. Bon, ils peuvent voir l’état général de la personne, ça je ne dis pas. Mais quant à la finesse du métier ou quoi, ils ne sauraient pas se rendre compte.

Les ergothérapeutes, pareil. Ils sont venus me voir, ils savent c’est quoi. Ils m’ont vu à l’œuvre. C’est déjà un peu plus logique, je trouve. Mais derrière un bureau et dire, « Monsieur ne sait plus continuer, ou madame. » C’est pas tout à fait logique, je trouve. Ça, c’est mon avis personnel. Donc il faudrait… mais c’est pas facile. Il faudrait, limite… là aussi, ça serait par métiers, donc vraiment compliqué, un ensemble de personnes — aussi bien des techniciens, un mélange peut être de techniciens et de gens du monde de la médecine — et être vu pendant une semaine, deux semaines, un jour, j’en sais rien, quinze jours. Et être jugé, « Ben oui, ça il sait encore faire, ça il ne sait pas, on va l’aider, ça il ne sait plus faire, on ne sait pas l’aider, on va faire trouver une solution. » Ou alors, « Stop, c’est fini. » Ou alors… fin, voilà, quoi. Mais, je sais que ce n’est pas possible, financièrement et tout et tout. Mais ça, ce serait pour moi la bonne solution. Encore une fois, on ne peut pas juger sur ce qui marche pour mon cas. C’est ce que moi je dis.

Ça, je peux comprendre aussi parce qu’il y a des gens, ils sont devenus des dangers publics en voiture, ils ne s’en rendent pas compte, mais on les arrête, c’est logique. Arrive un moment par rapport leur maladie ou autre chose. Mais voilà, mon je sais bien, quand, il y a cinq ans, j’ai failli… on était au ralenti dans une file de voitures,

embouteillage et j’ai raté la pédale de frein parce que ma jambe n’a pas levé assez de l’accélérateur à la pédale de frein. Donc j’ai recommencé. Ça a duré une petite seconde et demie, j’en sais rien. Et là, je suis freiné. Mais j’ai dit à mon épouse, c’était sa voiture, j’ai dit, « Écoutes, c’est fini, je conduis plus ta voiture boîte manuelle, je conduis la mienne comme avant en automatique. » Et je n’ai plus conduit la voiture à boîte manuelle, quoi. Ça, ça, ça dépend de chacun. Il faut arriver à un moment se dire, « Bon. » Alors que, ça tombe que j’avais plus jamais de problème. Mais j’ai décidé que, voilà. Et si je, moi, au fond de moi, j’ai décidé que je voulais continuer à travailler, que je pouvais et voilà, je le sais. Maintenant, c’est normal que les personnes extérieures, ils prennent ça sous leur responsabilité, donc ils ne peuvent pas dire oui, voilà, parce qu’ils s’engagent, on va dire personnellement, indirectement, et ça va, ça va. Donc voilà, il faudrait trouver une solution. C’est pas facile.

Isabelle: [00:25:48] Oui, mais vous avez raison, c’est, c’est quelque chose d’intéressant, que le handicap, ce n’est pas, ce n’est pas vraiment dans le corps uniquement, c’est l’interaction avec… vous pouvez conduire une voiture automatique, mais pas manuelle, c’est pas juste votre corps, c’est l’interaction de votre corps et le monde qui vous entoure. Oui, oui, oui, oui, mais je voulais juste demander parce que, quand je pense à la, les machines de terrassement ?

Laurent: [00:26:26] De terrassement, oui.

Isabelle: [00:26:27] Ouais, et tout ça avec les machines et la construction et tout ça, je pense vraiment à un travail très manuel, très corporel, et ça m’a ça m’a surprise, surpris, surpris oui. Ça m’a surpris un peu que quelqu’un en situation de handicap pouvait faire quelque chose comme ça, ce qui montre déjà mon, ma compréhension, ou mécompréhension.

Mais est-ce que vous avez trouvé que les personnes sont surprises que vous travailliez dans ce domaine au lieu de quelque chose d’administratif ou dans un bureau où c’est plus facile pour aménager le bureau que… ?

Laurent: [00:27:10] Oui, c’est ça, c’est ce que certaines personnes me disent, ils disent « Oui, mais au fond, tu serais plus tranquille dans un bureau à faire des tâches. » Mais, voilà, un, ce n’est pas du tout mon, fin, mon état d’esprit et c’est pour moi plus compliqué de travailler dans un bureau que d’être sur le terrain avec mes élèves et dans la machine. Parfois. Parce que je n’aurais pas être dans la machine du matin au soir.

Je dois monter à certaines occasions. Peut-être que, quatre fois par jour, je vais m’installer dans une machine pour leur montrer. Mais parfois après, peut être quinze jours sans. Donc voilà, comme je vous disais tout à l’heure, si j’étais encore, on va dire salarié, ben du matin au soir, je ferais plus. Ce serait trop long parce qu’il y a aussi le côté psychologique, fin, mental.

Pas psychologique, mais mental de faire attention à tout, aux piétons, aux câbles électriques ou à ce qu’il y a enfoui dans le sol. Bah voilà. C’est une pression permanente, ça, je le sais. Donc là, je vais dire que j’aurais dû trouver autre chose, ça je suis d’accord. On ne travaillait qu’à mi temps, et encore, je ne sais pas, mais… Je ne sais plus, on se [indéchiffrable] un peu par rapport à ce que vous avez demandé.

Isabelle: [00:28:33] Mais juste les gens.

Laurent: [00:28:34] Certaines personnes, oui, qui disaient que, bon ce qu’ils disent et d’autres qui dit, « Bon, écoute, si tu sens que tu sais le faire, fais-le, quoi. » Voilà. Tout est une question de personnes et c’est pas facile, quoi. Maintenant, c’est vrai que ce sont de grosses machines. Je ne dis pas… allez, je prends le cas, j’avais un élève, il y a cinq ans, qui s’était inscrit dans la section et il avait un problème à la naissance, il avait eu quelque chose, il était en manque d’oxygène pendant quelques minutes après la naissance, et du coup il a un problème à son côté droit.

Mais il roulait en vélo, à une main et un pied, puisque les autres, ça suivait. Et voilà, il a grandi comme ça, il est né comme ça, il s’est toujours adapté. Quand il est venu dans ma section, il m’avait posé la question, je vais dire lors de la… à l’accueil des élèves le premier jour. Il me dit, « Monsieur, vous croyez que, regardez ma main, mon bras ? » J’ai dit, « Écoute, regarde-moi, c’est pareil. On a à peu près la même chose, sauf que moi, j’ai eu ça tardivement. Je dois m’adapter au jour le jour. Toi, tu es né avec, donc tout ce que tu fais, tu sais que tu dois vite… voilà, tu es adapté tout le temps. » 

Et en effet, quand il est arrivé le premier jour en cour pratique, donc il est monté sur l’engin. Comme aux autres, je lui ai expliqué certaines fonctions et notamment du côté droit de la machine, entre la vitre et le siège, il y a un levier pour monter la lame avant la machine. Donc, normalement, sous le bras droit, un petit coup en arrière, on la montre, on va vers l’avant, et on descend. Ben, lui directement, il n’a pas chipoté, il a pris sa main gauche et il a actionné le la manette en question. Voilà, c’est un état pour lui. Moi, je réfléchis, « Ah oui, c’est vrai, voilà. » Ou j’essaie et je vois que ça ne va pas et je recommence, par exemple. Maintenant, je le sais, mais lui, pas de souci et il s’en sortait bien. Même ses copains à l’époque disent « Ah, mais ce Simon, il s’en sort bien. » Et je dis, « Ben oui. » Parce qu’il avait la volonté et voilà, quoi.

Chloë: [00:30:49] J’ai une question qui est à côté de ça. Pensez-vous que vos étudiants profitent de votre expérience et de votre exemple d’être une personne en situation de handicap qui travaille ?

Laurent: [00:31:05] Je pense que c’est… oui… fin.... Dans le temps, par exemple, si… ou quand je marchais avec ma béquille, j’expliquais à un élève, je [indéchiffrable], donc je me mets à côté de la porte et il laisse la sécurité et ainsi de suite. Je lui parle, mais j’appuie ma canne contre la machine et parfois, avec les petites vibrations, elle tombe au sol. Hop, j’ai toujours bien un élève qui vient me la ramasser et « Bien, Monsieur ? » alors que je ris, « Ben ça va ! » Mais bon, voilà. Allez. Donc c’est bien, ils sont déjà dans une situation où ils pensent à aider la personne en soi. C’est bien. Bon. Ensuite… quand… j’avais.... parce que, monter au sens propre, comme quand on monte un escalier ou sur une échelle, ça, je ne sais plus monter dans une machine.

Alors, je sais m’installer dans une machine en utilisant un petit stratagème. C’est-à-dire que, on fait un trou de 90 cm de profondeur avec double de la largeur de la machine et un peu plus avec une rampe d’accès d’un côté et une rampe d’accès de l’autre. Donc à ce moment-là l’élève arrive, il descend la machine dans le trou et moi, du niveau du sol, je m’installe dans la machine puisque je suis au niveau du plancher, à quelques centimètres près, de cinq centimètres plus haut, cinq centimètres plus bas.

Et donc voilà. Et donc, à ce moment-là, je dis, bon c’est bien, voilà, il n’y a pas de souci. Ou alors j’ai parfois des élèves qui préparent leur surface, ils travaillent dans un autre endroit et puis à la radio, « Oh, Monsieur, vous pouvez venir voir mon travail, je vous ai préparé le terrain. » Donc voilà, ils m’ont fait un trottoir, si on peut dire, donc c’est bien. Donc, là aussi, ça leur ouvre l’esprit pour quand ils seront, fin, maintenant ils le sont, professionnels, ils doivent passer l’accès sur la route. Il y a les gens en poussette, il y a des gens ou malvoyants, il y a les personnes à mobilité réduite, il y en a beaucoup. Et donc… les femmes enceintes et tout ça, donc. Je suis certain que certains y pensent d’aménager de petites choses, quoi. Le trou en question, la première fois que j’ai fait faire un élève — il a bien fallu une première fois — l’élève, je lui dis, « Vient avec moi, on va faire un trou. » J’explique, voilà. Ça n’allait pas [indéchiffrable] Je lui dis, « Écoute, élargi un petit peu avant de [indéchiffrable] » Il me regardait toujours, il dit « Bon. » Il n’osait trop rien dire parce que je le connaissais pas vraiment. Et puis je dis, « Écoute, maintenant tu vas me faire une rampe. » Donc, il commence à creuser une rampe.

C’était pas suffisant, donc je dis, « Écoute, tu dois descendre ta rampe. » Donc il fait. Et il me dit « Et maintenant, Monsieur, je fais quoi ? » Je dis, « Ben, tu vas de l’autre côté, tu me fais la même rampe. » Hop, il fait la même rampe et dit « Maintenant je fais quoi, Monsieur ? » Ben, « Tu descends dans le trou. » Donc c’était nouveau pour lui, donc il descend tranquillement. Pourtant, c’est pas très profond, hein ? 90 centimètres, c’est rien, mais bon. Et alors après, il me regarde et il me dit, « Et maintenant, Monsieur ? » Je dis, « Maintenant tu descends et moi je monte. » « Oh, oui, Monsieur, vous êtes malin ! » Et je dis, « Non, je ne suis pas malin, je suis… je m’adapte. » Je lui ai fait comprendre que c’était des solutions. Voilà. Oui, je pouvais dire « Ah bon, je sais plus monter dans la machine. » Le geste de bras croisé, je la garde, mais c’est pas mon truc.

Isabelle: [00:34:27] Mais ce que vous avez dit, ça m’a fait penser parce que, souvent quand on parle avec des gens et on demande comment ce qu’on peut faire pour créer des des villes ou des environnements plus accessibles. Souvent, on entend il faut que les experts, les personnes qui qui vont construire les villes, les environnements qu’ils ont, ça en tête depuis les années de l’entraînement, les… oui, depuis, ben, de base, ça doit être dans la tête.

Et comme vous avez dit, la façon dont vous enseignez et le fait que vous êtes là sur le terrain pendant leur entraînement, ça leur aide à garder en tête l’accessibilité.

Laurent: [00:35:15] Ça les stimule parce que, parfois, j’en ai même en fin d’année ou même après, ils me remercient en envoyant un petit message, « Merci pour tout » et, ou « Je sais bien que ce n’est pas facile pour vous, mais vous étiez toujours là. » C’est de beaux commentaires de remerciement, quoi. Voilà. Je suis certain, je ne dirais pas que dix sur dix vont faire attention toujours, mais quelques-uns, oui.

Je ne sais pas si… le nombre je ne vais pas citer si ça pour dix ou cinq pour dix, j’en sais rien. Mais je sais que la directement, voilà. Et même, je trouve que, pour leur futur à eux, malheureusement, je ne souhaite de mal à personne, mais tout peut arriver, même un bras cassé. Ils savent que, « Ben oui, je vais quand même trouver une solution pour faire ça. » Et pas dire, « C’est tout, je reste chez moi, je fais rien. » Donc, c’est important. Et c’est vrai que, quand il y a, comme vous dites des aménagements à quel compte, ou des nouveaux bâtiments et tout, c’est vrai que les architectes ou les ingénieurs, des gens, comment dire, les auteurs du projet et tout, ne sont pas, Pfffffff, ils ne pensent pas à tout, ils ne sauraient pas penser à tout.

Moi j’ai connu un Monsieur ici, il a eu un problème, je ne sais plus quoi exactement, mais [indéchiffrable] maintenant, il marche en béquilles. Il me dit, « Ah oui, maintenant, je comprends. » Parce que maintenant, lui comme les autres, il doit monter le trottoir, descendre, marcher sur les pavés, on a beaucoup de pavés ici en Belgique. Et il se rend compte que, avant, il n’a jamais pensé. Moi aussi, indirectement, pas à 100 % comme maintenant, mais voilà, c’est comme ça.

Conseils pour une jeune personne en situation de handicap qui veut lancer sa carrière [00:36:59] :

Chloë: [00:36:59] Quels conseils donneriez-vous à une jeune personne en situation de handicap qui veut lancer sa carrière ?

Laurent: [00:37:09] Oui, moi, je dis qu’elle doit absolument… Je le fais parfois. J’ai rencontré une jeune fille ici il n’y a pas longtemps et je lui dis, « Écoute, tu dois mettre tout de ton côté, bien entendu. Tu dois être très réfléchi à savoir ce que tu peux faire ou pas. » Oui, c’est le début de sa sclérose en plaques, donc ça va, c’est… Elle vient de l’apprendre, mais moralement, ça y est, c’est passé. Donc je dis, « Écoute, tu peux continuer à faire ce que tu as envie, fin, ce que tu voulais faire comme métier. Mais tu vas avoir peut-être parfois des bâtons dans les roues, hein ? Donc, tu dois te montrer vraiment positive et montrer que tu veux y arriver, que tu peux y arriver. » Je dis, « Tu dois bien réfléchir à ce que tu veux faire. »

Donc, moi, je dis qu’il faut… Ben, je prends mon exemple. Encore une fois, si j’avais voulu lâcher tout, voilà, je serais là où je suis là maintenant, du matin au soir. Tandis que je veux continuer, je sais que je peux, donc voilà. Pareil pour un jeune ou un moins jeune, qui apprend sa maladie. Il faut bien se mettre en question, se poser des questions et dire, « Bon, je peux le faire ou je peux pas le faire et ma santé me le permet ou pas, je serais aussi pro ou pas. » Oui, comme je vous l’ai dit tantôt, par rapport à un emploi de machiniste, je le ferais plus que je sais bien que je ne serai plus au top. Ou alors risques de sécurité aussi.

Imaginons que vous accrochez une conduite haute tension, un câble haute tension. La logique, fin la sécurité de ce [indéchiffrable]. Je ne peux pas descendre de la machine, je dois sauter hors de la machine. Dans mon état, ce n’est plus possible. Donc il en reste ce côté-là aussi. Là, à ce moment, il y a des trucs un peu compliqués. Mais voilà, il y a des choses que… Maintenant, au pire, je pourrais trouver un domaine travaillant dans les parcs et jardins, par exemple.

Là, il n’y a pas de câbles haute tension. Donc c’est suivant le métier, la diversification des métiers, ainsi de suite. Si je prends mon cas, c’est tellement diversifié que je pourrais trouver une corde à mon arc. Maintenant, c’est pas donné à tout le monde en fonction du métier, c’est ça ou rien. Mais moi, je… avec tous les gens, je suis positive, je leur dis, Il faut. Il faut essayer, aussi bien pour le côté moral que psychologique, et tout, social, tout ce qu’on veut de… Il faut continuer. S’il y a moyen.

Chloë: [00:39:45] Est-ce qu’il y a des mesures que les gouvernements ou les organisations — je m’excuse j’ai des difficultés de prononcer des choses — devraient prendre pour assurer l’inclusion des personnes en situation de handicap au travail en Belgique ?

Laurent: [00:40:04] J’essaie… je vais prendre deux secondes pour réfléchir, à part mon cas à moi, à l’ensemble de problèmes. Oui, sûrement… Ouais, c’est à mon avis, c’est toujours pareil, c’est le fait de bien… allez, encore une fois, on en parle beaucoup, c’est déjà très bien. Mais le fait d’arriver à un point où point final, c’est… il y a toujours, comme l’expression le dit, le nerf de la guerre, c’est l’argent. Bon, mais en étant, fin, professionnel, je pense qu’il y a un moyen de trouver des solutions qui ne coûte pas plus cher.

On change de temps parce que, allez, je prends un exemple. On met 20 mètres carrés de pavage avec certaines hauteurs. Ça coûte autant. Si dans les 20 mètres, il y a un décaissement de cinq centimètres pour un passage piéton, par exemple, c’est pas ça qui va coûter plus cher, en soi. Oui, on va terrasser avec un petit dégradé ou quoi.

Je vais dire c’est pas… ça va pas coûter trois fois le prix. Il n’y a même pas un petit pourcent ou deux de côté pécunier qui entre en ligne de compte. Bon, mais c’est pas encore assez assez réfléchi. J’ai eu une expérience il n’y a pas longtemps, une nouvelle voirie. D’un côté, vraiment bien fait, les dalles pour les personnes malvoyantes, les dalles avec les petits [indéchiffrable] là. Alors le passage piéton qui était légèrement en pente et en face, cette bordure.

Donc on descend en chaise, on traverse, on est sur le passage côté, on ira en face, c’est bordure. Voilà. C’est pas assez, c’est pas assez dans les mœurs. Parce que, même si l’architecte s’est trompé, ça peut arriver, l’erreur est humaine. Mais le responsable du chantier ou le chef des travaux, le chef d’équipe, ça peut être une petite entreprise, chef d’équipe, pourrais dire, « Je vais demander une réunion à l’architecte et lui demander si c’est normal. Là, j’ai dû faire un plan incliné. Ici, je veux une bordure. C’est pas logique en ça. » Donc c’est aussi une question de personnel, fin, personnel du personnel. Voilà. Il faut y penser. Et j’avais pensé vous raconter autre chose… ah oui ! Il n’y a pas longtemps, il y avait en Belgique, ça s’appelle le Relais pour la vie.

Donc c’est par rapport au cancer. On marche, on forme des équipes et on marche, il y a un flambeau, pendant 24 h, en relai, quoi. Bon, les toilettes étaient toutes des toilettes… il fallait des toilettes transportables, des toilettes PMR, nickel, très bien. Et au moins dix toilettes en deux zones. À un moment, j’ai voulu y aller. Les trois toilettes étaient sur un plan incliné, donc elles étaient toutes de travers.

Et alors, il y avait à peine 60 centimètres entre, bon, c’était dans un centre… allez… [indéchiffrable] et alors. Donc, il y avait un chemin de terre et une bordure. Bon, pas de terre, mais un genre de sable. Donc les cabines étaient à travers et, en plus, il y avait que 60 cm une fois qu’on ouvre les portes. Quelqu’un en chaise ne saurait pas y aller.

Bon, moi, heureusement, je suis un petit peu casse-cou. J’étais avec ma chaise pliable puisque, encore une fois, je dois me soulager mon corps, j’ai ça, j’ai ma chaise dans la voiture. Hop je le déplie. Donc c’est une chaise électrique. Je suis montée par le talus et j’y suis arrivé parce que je sais encore marcher. Je me suis levé debout, je me suis dit voilà la porte.

Et ça y est, c’était un petit peu… Mais. Donc c’est bien pensé. Ils ont, ils ont acheté des WCs et ils les ont placé, mais par des gens qui n’y connaissait rien. On leur a dit, « Ben tu les mets là. » « Ah oui, oui d’accord. » Au lieu de dire, « Mais ce travers, on va les mettre… » — 20 mètres plus loin c’était nickel.

Oui, c’était bien plat et tout. Donc, il y a une question de… Il y a beaucoup, il y a beaucoup de choses qui entrent en ligne de compte à mon avis. Et c’est ça que ça n’est pas près de changer du jour au lendemain, malheureusement. Même si le pouvoir politique décide, « Oui, OK, on le fait. » Après, même l’architecte « Oui, OK, c’est comme ça. » Il faut après que le personnel sur le terrain disent, « Ah oui, on va faire ça bien nickel. » Il y a beaucoup. Mais il faut, il faut qu’on tente tout, c’est pour ça que le groupe PMR à Mons, on s’occupe beaucoup de la région de Mons, presser que, voilà, si ça peut entrer dans… quand on en parle, c’est pour ça que c’est un groupe public encore. On en parle de plus en plus. 

Du coup, les gens se rendent compte, ou certaines personnes, « Ben oui, c’est vrai, c’est une bêtise. » C’est peut-être, par exemple, une dalle qui dépasse d’un demi-centimètre ou un centimètre. Pour [indéchiffrable] tout le monde sait rien, mais moi, si je shop dedans, ma jambe reste bloqué. Bah voilà. Donc oui, il y a des solutions pensées ou prévues ou ou voulues.

Mais, voilà. Ça reste encore délicat, on va dire. Donc il faut, il faut en parler absolument et c’est pour ça que j’aime bien… le contact d’aujourd’hui, j’aime bien ce que j’espère qu’on va pouvoir faire, avancer les choses, chacun de notre côté.

Chloë: [00:45:47] Exactement.

Laurent: [00:45:49] pour tout le monde. Ça ne sera pas pour moi individuellement, mais pour tout, quoi.

Isabelle: [00:45:55] C’est notre espoir aussi.

Laurent: [00:45:57] C’est ce que j’ai à dire. Et vous, vous, c’est pareil. Votre but, c’est qu’on arrive tout doucement en fait, changer les mentalités. C’est une idée, une idée commune et un.

Isabelle: [00:46:08] Alors, Laurent est très impressionnant parce que c’est un homme qui trouve constamment des solutions. Il n’attend pas pour que le médecin de travail lui propose quelque chose parce qu’il sait que lui, Laurent, c’est la seule personne qui comprend ses propres besoins et ses propres capacités. Alors c’est lui qui décide quand il y a un problème, c’est lui qui propose la solution, et puis c’est lui qui convainc le médecin de travail que sa solution marche. Et les solutions qu’il trouve sont très innovatrices. Je ne savais même pas qu’il existait des chaises roulantes à chenille !

Chloë: [00:46:41] Oui, c’est vrai. D’ailleurs, je voulais signaler que Laurent a eu un parcours professionnel inhabituel parmi nos participants, parce qu’il est devenu visiblement handicapé après avoir été embauché. D’un côté, c’est possible qu’il avait moins de soucis à trouver de l’emploi parce que son handicap n’était pas évident au début, mais de l’autre côté, parce que sa maladie a progressivement évolué au fil des années, les adaptations dont il avait besoin ont aussi évolué.

À cet égard, son expérience de négociation constante pour de nouvelles adaptations reflète les expériences d’un grand nombre de nos participants, même s’ils n’ont pas des maladies dégénératives.

Isabelle: [00:47:31] Oui, c’est un élément intéressant. C’est aussi important de souligner que Laurent effectue un travail de sensibilisation tout en faisant son travail d’enseignement. Il est bien sûr un modèle pour ses étudiants handicapés, mais il est aussi un exemple pour ses étudiants et collègues non handicapés. Il démontre que les personnes en situation de handicap peuvent travailler, elles peuvent enseigner, elles peuvent même conduire des engins de chantier !

Chloë: [00:47:59] Oui. Son histoire incarne une des grandes conclusions de notre recherche : que ce sont les personnes non handicapées qui ont besoin de la sensibilisation aux enjeux du handicap. Et Laurent sensibilise ses collègues et ses élèves à travers son travail d’enseignement.

Isabelle: [00:48:19] Oui, et cela va avoir un impact important parce que ce sont ces étudiants qui vont littéralement bâtir l’avenir.

Chloë: [00:48:28] Merci de votre attention. Nous espérons que vous avez aimé cet épisode de Broadcastability. Vous pouvez nous trouver sur Internet à fr.theproudproject.ca. Vous pouvez également nous rejoindre sur Facebook, Instagram, LinkedIn et YouTube.

Isabelle: [00:48:57] Le podcast Broadcastability est réalisé par le projet PROUD à Scarborough College à l’Université de Toronto, en partenariat avec la station radio Indie 88 à Toronto, l’Association Disability Rights UK et le projet de recherche S-O-R-D : recherches sociales avec les personnes sourdes, à l’Université de Manchester. La docteure Chloë Atkins et Isabelle Avakumovic-Pointon sont les animatrices de la deuxième saison de Broadcastability. 

La musique a été composée par Justin Laurie. Isabelle Avakumovic-Pointon a réalisé le montage de cet épisode. Nous remercions l’Université de Toronto Scarborough ainsi que nos partenaires communautaires, la station radio Indie 88, l’Association Disability Rights UK et le projet de recherche S-O-R-D à l’Université de Manchester, d’avoir soutenu la réalisation de ce podcast. Nous tenons également à remercier nos organismes subventionnaires, le Conseil des recherches en sciences humaines du Canada et TechNation pour leur soutien financier. 


English:

Laurent: [00:00:03] Some people say… They say, “Yes, OK, in the end, you would be more comfortable in an office, you know, do some office tasks”, but… Well, that is not what I want and it is much more complicated for me to work in an office than to be in the field with my students and the machine.

Chloë: [00:00:26] Welcome to Broadcastability, a podcast by for and about people with disabilities. During these past few seasons, we have focused on disability-inclusive work. Broadcastability is part of the PROUD Project with the University of Toronto. You can find out more about the PROUD project on our website: www.theproudproject.ca

Isabelle: [00:00:54] The PROUD Project is based at the University of Toronto. Scarborough, which is in the traditional, ancestral territories of the Huron-Wendat, the Seneca and the Mississaugas of the Credit River. We would also like to acknowledge the other Indigenous lands across Turtle Island, where we conduct our research and record this podcast, including the traditional, ancestral and unceded territories of the Musqueam, Squamish and Tsleil-Waututh First Nations. 

Chloë: [00:01:24] Hi, my name is Chloë Atkins. I am the lead investigator of the PROUD project. I am a political science professor at the University of Toronto, where I do work about disability. As a person with an episodic disability, I also have lived experience with employment and disability.

Isabelle: [00:01:51] My name is Isabelle Avakumovic-Pointon, and I’m a research assistant for the Proud Project. I’m also a PhD student at the University of British Columbia, where I research disability history. I identify as a person with invisible disabilities. 

Our guest today is Laurent Colart, a machine-driving instructor who lives in Wallonie, Belgium. 

Chloë: [00:02:22] Yes, Laurent is someone who keeps figuring out new creative ways to overcome obstacles. It allows him to be able to keep working in the field with his students despite his physical disability. 

Laurent: [00:02:37] My name is Laurent. I am 57 years old and I am an instructor in machinery operation. I was diagnosed with Multiple Sclerosis when I was 36 years old. It was in 2002. I live in Belgium, in the Hainaut area, so in the French-speaking part of Wallonie. 

Isabelle: [00:02:57] Could you describe your professional journey? How did it happen in your case? 

Laurent: [00:03:05] From the start? 

Isabelle: [00:03:06] From the start. 

Chloë: [00:03:07] Yes, at school and after. Or maybe a little bit about your family. Did your parents or your siblings have any influence on this? 

Laurent: [00:03:19] 

I am the oldest of three, three sons. We had a beautiful childhood. My dad was an entrepreneur, so, yeah. I went to school until I was 16. Everything was going well. But at 16 years old, I wanted, since I could already drive earth-moving machines, I wanted to become a worker. And my dad hired me right away because I knew what I was doing already at that age. I knew the job. 

Yeah. So I was working in construction. Then I became an entrepreneur, self employed, in grading and leveling services, obviously. And later on, after 20+ years of working for myself, I started to offer training. I became an instructor to teach students how to drive the construction machines. That started in 2009 and I am still in this field today. 

Chloë: [00:04:20] Could you tell us a little bit about the experience of working when you were “normal” or valid? And then after, was there any difference in the atmosphere, the conditions and the context, between the two for you? 

Laurent: [00:04:42] Since I was self-employed, it always went… It always went well. I was always doing what I wanted to do. I was working, you know, usually, a lot. And in 2002, once I had Multiple Sclerosis, I managed to keep working, since I was still self-employed. It lasted for a couple of years, then I started working at the school a bit randomly. 

The same thing here, I started at the school looking like everyone else. No one could notice anything about my health condition. After a few years, I started limping a little bit, my right leg was a little… Yes, I was limping so some of my coworkers started asking, “Laurent, are you okay?” And I would answer, “Yeah, I am all good; there is this thing with my ankles.” But nothing more. 

After a while, it got a bit worse. And at that time, I could speak frankly with some of my coworkers and tell them I had MS and all that. There were never any problems with the director, the shop manager or the site supervisor. A couple people in the school were a bit, well, reluctant and would tell me I was dumb to keep working in my condition. But I never really answered. I kept working. And it’s going well. 

So before and after, there is no… It is more that, from 2002 onwards, because of the disease’s progress, some people thought I could keep working and some people thought I should stop. But that was never my intention.   

Isabelle: [00:06:40] Yes, and to you, it was more of an evolution than a revolution, right? 

Laurent: [00:06:47] Yes, that is right. Let’s say that it is a pretty normal evolution, I think. I don’t have too many problems, but the neurologist told me, OK, you are getting older and the sclerosis in your brain is getting older as well. And that means it is more noticeable. I haven’t had an attack in 10 years. 

Isabelle: [00:07:12] Yes. So, you said that the first person or the first people you talked about your disability with was the direction team? It that correct? Or your… 

Laurent: [00:07:30] No, at first it was just with coworkers. 

Isabelle: [00:07:36] Coworkers. 

Laurent: [00:07:38] Because they knew me well, they took it well. Sometimes, some people are surprised. I don’t know. They think you’ll die of MS. And I tell them no, I explain that some cases might be more complicated than others, but as we say in Belgium, it is a disease with 1001 faces. I don’t know if that translates well. So, you can say that I have always been indirectly trying to reassure people. 
At the time, it is true that I didn’t know anything about MS when the neurologist told me about it. It was just like he said I had the flu. It’s… I mean, I wasn’t too worried. Since I didn’t feel anything different, at that point, I didn’t understand how much it could impact someone’s life, or not. But you get used to it over time. In my case, I am alright. Even psychologically, I have always accepted the disease. 

My family is very supportive, which is super important. Unfortunately, I know some people who are completely alone and left behind. So, I mean, you need a good support system. We need to trust the process. We can’t give up, of course. We need to fight. Live day by day, minute by minute, because you might be feeling good right now, but it might get worse in half an hour, or the opposite, or it could take a few hours. Sometimes you get out of bed feeling bad, and you are fine by the afternoon, and vice versa. That is all I can say about it right now. 

Isabelle: [00:09:28] When your disease evolved, did you make any changes at work? Did you get any help, support and adaptations at work to help you keep going? 

Laurent: [00:09:50] That’s it. When the disease started progressing, I started to… Well, on the days when… I work every other day. So on Tuesdays and Thursdays, I am off and I take advantage of those days. I had to rest more and more, just do the minimum. I would go do my physio exercises, all of that. Or medical appointments. But other than that, I would rest to be ready to go the next day. It was, let’s say, necessary to be able to perform at work, to be at 100 percent with my students. 

Isabelle: [00:10:39] Just to jump in on what you said—was this already in place when you started working at the school? 

Laurent: [00:10:49] Yes, the days off, you mean? Yes. Actually, it was a bit different, but that is just random. I used to work two full days and two half-days. Then the direction changed. I talked to the new director right away about my “problems”, about having MS. And he suggested one day out of three or every other day. He told me, “Listen, it’s good for you and for my students. I don’t want them coming for two half-days. I would rather they come for a full day, because we need to clean the machines, start them up in the morning, and so on so we would waste a lot of time. We might as well have a full day instead of a short one.” And that was the best option for me and for everyone. But the director did it. 

Chloë: [00:11:41] Was there an occupational doctor who advised you or the school at the time? 

Laurent: [00:11:54] No. I have never had any appointments like that. I would have medical checkups like everyone else and safety visits because we have a position in the safety field as instructors. And we never had any problems. Yeah. But in 2021, I started thinking about… To be able to recuperate properly, to spare my body and to feel good after work for my family and my hobbies, I thought, “OK, Laurent, you need to find some help.” And I thought about a wheelchair, but on track so I could use it instead of walking in the mud or on rocks. Because it rains so much in Belgium. I can feel how tired my body gets. With MS, there is a lot of fatigue. 

So I had that idea. I tried it out in 2019 already, I think. This guy came with some professional equipment. I tried it on site for 3 hours. That was the solution. And after some time, I said, “Alright, I need this now.” At this point, my employer’s attitude changed a little bit. He thought, “If he needs this, maybe he’s not able to work anymore.” And I am still fighting for this today. We started the file, but it is very slow. It’s not very common to… In addition, in my profession as an instructor. 

We only have four schools in Wallonie teaching how to operate machines. So it’s not very common. So I can understand that it is complicated to adapt the workstations, even if you have the AVIQ [Agence pour une Vie de Qualité — Agency for life quality]. In Belgium, it is an agency for quality of life who can help pay for these adaptations. But you need everything to go as planned. So I am still waiting for it, but it should go through. 

So until now, I had never used occupational medicine, but since then, I met with someone. While I wait for the adaptations, I can do all the administrative work. At the school, they ask me to do some tasks. Yes. That is the only time I reached out to occupational medicine. It’s not… Usually, I think that the mentality… because now, I know a lot of people in my situation. And the mentality of it is to get people to stop working. It’s much easier to say, “Come on, it’s over.” And people are OK with that. Or at least when it happens, they say, “Well, it’s true, I am not feeling well. I need to figure it out.” But they don’t think about accommodations. 

That’s what I thought about right away. I said, “I need to figure it out.” And since there are adaptations we can do… To be honest, I didn’t know about the official AVIQ adaptations. I didn’t really know anything about it. I first tried to find some adaptations by myself. However, later on, I learned that AVIQ could help out, but they deal directly with the employer, not with the client. 

Isabelle: [00:15:43] To talk a bit more about attitudes. You said that you know a lot of people with MS. How did you meet these people? 

Laurent: [00:15:54] So some people… Obviously, you have the Ligue belge de la sclérose en plaques [Belgian Multiple Sclerosis League]. In every province, there is a provincial comity. And usually, in every province, there are also… In the big cities, there are some associations, some small clubs and things like that. I am part of the Delta group here in Mons. 

There are about 30 of us. We get together, we organize some activities from time to time, etcetera. You find people in all kinds of conditions. Some people, you can’t even tell and some are using a wheelchair. I am in between the two with my cane. But most of them don’t work anymore. I would say the average is about 40, yeah, more or less. 

One of them is in a wheelchair. He finished his teaching career. I think he used to be a math teacher, but he had his wheelchair and they made some accommodations until he retired. But there are a lot of younger people, even some teachers, who were told, “OK, it’s over.” They didn’t try to figure it out, they just stopped. And they regret it today when they see how much I am fighting to stay in my position. They say, “Ah, that’s good. I should have tried. I should have done this.” But they didn’t get any information. Maybe they weren’t willing to, I don’t know. 

Me, I am someone, without bragging, I am a fighter. What I mean is I really want to keep going. Quote, unquote, that is the only thing I can do. But I have to admit that if I was still a machine operator, self-employed or for a company, working every day from 7 a.m. until 5 p.m. wouldn’t be possible anymore. I know that. But as an instructor, there is no problem. 

That is how I know other people. I also meet people in revalidation. Every year, I go for 3 weeks, well, actually, since 2017. I go for 3 weeks to follow a tonicity cure. Sorry, I cut you off. 

Chloë: [00:18:20] No, no, no, no. Why do you think other people stop working? What are the roots of… 

Laurent: [00:18:32] We could say that, without criticizing anyone, that there are different reasons behind it. Some people think, “Well, I end up at home, relaxed, and I am getting paid.” So, to be honnest, some people didn’t know they could have tried to… There is one woman. She is also a teacher and she tried at her school to get things like blinds for the windows for when the sun was hitting. She asked the direction for blinds. She didn’t get the blinds. It took a long time and they were always telling her, “Yeah, we don’t have the budget for it.” The budget is always the problem. So after a while, she was discouraged. She said, “OK, I am done!”

There are a lot of different cases. I don’t have another example right now, but… Well, they were told, they went to the occupational doctor and the doctor told them, “No, listen, it is pretty serious. You should think about… ““Yeah, yeah, OK.” But a lot of them regret it now, because they are 30, 35, 36, 40 years old and they stay at home all day doing nothing. 

Chloë: [00:19:56] It’s difficult. 

Laurent: [00:19:57] It’s not easy. And so… 

Isabelle: [00:19:58] Yes. I wanted to… It’s interesting that you said that it’s often the occupational doctor who has the last word.   

Laurent: [00:20:12] Yes. 

Isabelle: [00:20:13] Instead of the person who experiences it. Have you had any experience where… If you don’t want to share, that’s OK, but where someone said to you, “Ah, that is not possible for you” but it actually was possible for you and you knew it? 

Laurent: [00:20:32] Yes, yes, yes, I have experienced it. When it all starts, you are looking for solutions. So at the readaptation center, I went to the doctor who took care of everything. At the time, he offered to send his occupational therapist to the site where I work to have a quick look because there might be a difference between what I was saying and what they could observe. And it’s true. So they came by, they filmed me, they took photos. They watched me at work, no problems. So that’s one thing. I had a good report from a doctor from the outside, not my employer or the occupational doctor. 

When I went to pick up the results of a survey at the occupational doctor, it was a meeting with the assistant of the Belgian league for Multiple Sclerosis, the social worker. Directly, the doctor said, “Listen, Mr. Colart, look, Mr. Colart, you are not capable of working anymore. It’s not possible anymore.” Yes. It is similar to what I was talking about for other people earlier. Then the social worker said, “Can you show us the occupational therapist’s report?” He read the report and he thought, “OK, actually, if we provide some accommodation, it might be possible.” 

Because, usually, I think that, from what I know, and I don’t know if it is the same for you guys, but it’s like, “OK, there is a back problem or an upper-body problem.” But usually, he is the one who is supposed to figure out solutions. It’s his job. But here, it was, “Boop, stop, we are done.” 

Maybe it would be over for him, I don’t know. But even if he is a doctor, some personal aspects come into account. Once he read the file once or twice, he said, “OK, if we get some accommodations, we are good. But in the meantime, M. Colart will be working in the administration department.” 

Chloë: [00:22:42] Do you think there is a better strategy than the occupational doctor? 

Laurent: [00:22:52] I mean, again, that is my personal opinion. I am not… But I think that… 

Chloë: [00:22:57] Of course. Of course. 

Laurent: [00:23:00] There are so many things that, let’s say, these people… And I don’t like to use this word, but they can’t know everything about every profession, every task. They can assess the person’s overall condition, I am not saying they can’t do that. But when you look at the subtleties of a job, they can’t take it all into account. It’s the same thing for occupational therapists. They came to see me. They know what it is about. They saw me at work. It makes a bit more sense already. But to stay behind your desk and say, “This gentleman is not able to keep going, or this person.” It doesn’t make sense to me. That is my personal opinion. 

So we need to… It wouldn’t be easy, but we should almost… And that would be different for each profession, so quite complicated. We need a group of people—technicians, maybe a mix of technicians and people from the medical field—to observe for a week or two, or a day, I don’t know, maybe 2 weeks. And they would report back and say, “Yes, he is still able to do this. This task, he can’t anymore, but we can help him. But this task, he’s not able to do and we can’t help, so we will figure something out.” Or, “Stop. It’s over” Or… You get it. 

I know it is impossible financially, but I think that would be the best solution. And again, no one can tell me what works for me or not. But I can also understand that some people become really dangerous drivers and they don’t realize, so they get arrested. It makes sense. There comes a time for their disease, or something else. 5 years ago, I almost… We were going really slow, there was traffic. I missed the breaks because I didn’t lift my leg up enough between the gas pedal and the breaks. So I tried again. It lasted 1.5 seconds, I don’t know. Then I pushed on the breaks. But it was my wife’s car and I said, “I won’t be driving your manual car anymore. I’ll only drive my automatic.” And I never took the manual car again. 

But it is different for everyone. At some point, you have to recognize it. And if deep inside, I decided that I wanted to keep working, that I could keep working, that is it. I know I can. It makes sense for people on the outside to feel like they are responsible, so they can’t say yes because they are on the line personally. So we need to find a solution. It’s not easy. 

Isabelle: [00:25:48] Yes, but you are right. It is an interesting point that disability isn’t just in the body. It is also in the interaction between… You can drive an automatic, but not a manual car. It’s not just your body, it’s the interaction between your body and the world around you. Yes, yes, yes. I wanted to ask you something about the grading machines, grading? 

Laurent: [00:26:26] Grading machines, yes. 

Isabelle: [00:26:27] Yeah, all of that, all the machines, working in construction and everything, it seems to be hard manual labor, you would need your body a lot. It surprised me a little bit that someone with a disability could do something like that, which shows how much I understood it, or didn’t understand it. 

Did you find that people are surprised that you work in this field instead of something in administration or in an office, where it is easier for accommodation than…? 

Laurent: [00:27:10] Yes, that’s what some people say. They say, “Yes, OK, in the end, you would be more comfortable in an office, you know, do some office tasks”, but… Well, that is not what I want and it is much more complicated for me to work in an office than to be in the field with my students and the machine. I don’t have to be sitting in the machine all day.

Sometimes I need to. Four or maybe five times a day, I’ll get up in the machine to show them. But sometimes I don’t have to for 15 days straight. So as I said earlier, if I was still, let’s say, on a salary, I wouldn’t do it all day anymore. It would be too long, because there is also the psychological aspect, the mental aspect of it. Not the psychological, but the mental aspect of needing to pay attention to everything, pedestrians, electric cables, what is underground. It’s a lot of pressure constantly, I know that. 

In that case, I think I would have had to find something else to do, I agree. We were only working part-time, if that, I don’t know… I don’t remember, we [inaudible] a little bit from the question. 

Isabelle: [00:28:33] But just the people. 

Laurent: [00:28:34]  Some people said what they want to say, and others say, “Listen, if you feel up to it, just do it.” It’s different from one person to the other. It’s not easy. 

Now, I agree, those are big machines. I am not saying that… If I can give an example, five years ago, this student of mine who started in my class had this issue at birth. Something happened, I was lacking oxygen for a few minutes after birth so he had problems with the right side of his body. But he could ride a bike with one hand and one foot, then the rest would just follow. He grew up like that. He was born like that and he always adapted. 

When he started in my class, he asked me, I mean, on the first day when we were welcoming everybody, he said, “Sir, do you think that… Look at my hand and foot.” I said, “Listen, look at me. It’s the same for me. We pretty much have the same problems. The difference is it started later in life in my case. I need to learn how to adapt every day. You were born like this. So everything you do, you know that you always have to quickly… Yes, you always adapt to the task.” 

Indeed, when he started the first practical training, he got up on the machine and I showed him some of the functions like the others, including a lever to raise the blade at the front of the machine, situated on the right side between the window and the seat. Usually, you would use your right arm to kick it back to lift the blade, and push it down to lower it. He wasn’t worried at all and got right into it. He used his left arm to activate the lever. It’s a state of mind for him. 

I still have to think about it. Oh, yeah, that’s how I can do it. Or I try something and it doesn’t work, so I try again until it works. But for him, no problems. He was doing great. His friends at the time would even say, “Ah, Simon, he’s doing so well.” And I would say, ‘Well, yes, because he wanted to succeed.’

Chloë: [00:30:49] I have a question about this. Do you think that your students benefit from your experience of working with a disability? 

Laurent: [00:31:05] I think that… Yes. Well… Back when I was using my cane, I would be explaining something to a student. I would [inaudible] so I would stand by the door, he would keep the safety on. I would be talking to him and rest my cane on the machine. Sometimes, with the vibrations, the cane would fall to the ground. But there would always be a student who would pick it up for me and come, ‘You’re OK, Sir?’. Then I’d laugh, ‘Well, I’m okay.’ So it’s a good thing, they are already immersed in a situation where they think about helping the person. That’s good. 

Then when I couldn’t climb… Because I can’t climb up a machine anymore. So I get into the machine a different way. We dig a 90 cm deep hole, twice as deep as the machine plus a little bit, with an access ramp on each side. When the student comes in, he brings the machine down in the hole and I can get in, since the seat is pretty much at floor level, 5 centimeters higher or lower. That’s how we do it. In this case, there is no problem. 

Sometimes I have students who prepare their spot. They are working somewhere else, then I hear on the radio, ‘Sir, could you come check on my work? I prepped the terrain for you.’ They made me a sidewalk. So that’s good. We open up their minds for when they will be professionals working on roads. There will be people with strollers, there are blind people or people with low vision. There are people with reduced mobility, and there are a lot of them. So… Pregnant women, all of these cases. So I am sure some of them will think about adapting some details. 

The story with the hole, the first time I had a student do it—there was gonna be a first time—I told the student, ‘Come with me, we are going to dig a hole.’ I explained, it wasn’t [inaudible]. I told him, ‘Listen, can you widen the hole before you [inaudible]?’ He was still looking at me. He said, ‘OK.’ He wouldn’t say anything because I didn’t know him very well. Then I said, ‘Listen, now you are going to build me a ramp.’ So he started digging the ramp. I wasn’t enough. I told him, ‘Listen, your ramp needs to be lower.’ He did it. Then he said, ‘Sir, what do I do?’ ‘Well, bring the machine down in the hole.’ It was new to him, so he did it slowly. But it wasn’t even deep. Ninety centimeters is nothing. Then he looked at me and said, ‘What now, sir?’ and I answered, ‘You get out and I come in.’ ‘Oh, yes, Sir, you are smart!” and I told him, “No, I am not smart, I am adapting.” 

I got him to understand that there were solutions. Yes, I could have said, “Ah, I can’t climb on the machine anymore.”  But staying down with my arms crossed isn’t my thing. 

Isabelle: [00:34:27] What you said made me think about… Often, when we talk to our participants, we ask them what could be done to build more accessible cities or environments. Often, we hear that we need the experts, the people who are going to build it, that they need to remember it from their training years ago. Well, it needs to be taught to them first. But you said that the way you teach and the fact that you are present on site during their training reminds them to think about accessibility. 

Laurent: [00:35:15] It is stimulating for them because sometimes, at the end of the year or even later on, they thank me and send a Thank you note, or “I know it’s not always easy for you, but you were always there.” Beautiful comments thanking me. I know that some of them will always pay attention to it, maybe not 10 out of 10, but some of them will. I don’t know if I would say 5 out of 10, I don’t know. 

And even for their own future, I don’t wish harm on anyone, but unfortunately, everything could happen, even a broken arm. But they know that, “OK, well, I need to find a solution to be able to do this.” And not, “That’s it, I am staying home and doing nothing.” It’s important. 

And like you said, all the people who are building new structures, architects, engineers and project managers can’t think of all the adaptions needed, they couldn’t think of it all. I know this man who had a problem, I don’t remember exactly what but [inaudible] now, he needs crutches to walk. He said to me, “OK, I understand now.” Because now, he needs to get on the sidewalk, get down and walk on cobblestones. We have a lot of cobblestones in Belgium. He realized that he never thought about it before. It’s the same for me, not totally the same, but yeah. That is how it goes. 

Chloë: [00:36:59] What would you advise a young person with a disability who wants to start their career? 

Laurent: [00:37:09] Yes. I would say they absolutely should. I do it sometimes. I met this young woman here not long ago, and I told her, “Listen, you need to prepare. You need to think about it a lot and know what you can or can’t do.” Yes. It is the beginning of her MS, so she is OK, it’s… She was just diagnosed. But mentally, she is good. So I said, “Listen, you can keep doing what you want to do, well, what you want to do for your career. But you might face barriers sometimes. So you need to be super positive and show that you want to succeed, that you can do it. You really need to think about what you want to do.” 

I would say that you need… I’ll take myself as an example. Once again, if I had decided to give up, I would be where I am now all day. However, I want to keep going. I know I can. It’s the same thing for someone younger or someone older who just learned about their disease. You ask yourself some important questions and think, “Well, I can do it or I can’t, and my health will allow me to or not. I’ll be a professional or not.” Like I said earlier, I wouldn’t take a machine operator position. I know I wouldn’t be able to do it well anymore, or there would be health risks too. 

Let’s imagine that you are putting up high-voltage cables. Usually, well, the safety protocol for this [inaudible]. I can’t get out of the machine. I need to jump out. It’s not possible for me anymore. There is that side of things as well. Right now, some things are still a little bit complicated. But there are some that… And in the worst-case scenario, I could still work in parks and backyards, for example. No high-voltage cables there. 

Depending on the job, how diverse a position is, in my case, the position is so diverse that I could always find something that would work. But that isn’t available to everyone. It depends on the job. Sometimes you need to be able to do everything or nothing. But I stay positive with everyone. I say,’ You need to try. You need to keep going, on the mental aspect, the psychological aspect, everything, the social aspect. You need to keep going. If you can.” 

Chloë: [00:39:45] Are there any measures the government or some organizations—sorry, I am struggling to pronounce these words—should take to ensure a more inclusive workplace in Belgium for people with disabilities? 

Laurent: [00:40:04] I try to… I am going to take 2 seconds to think about it, not only in my case but for all different kinds of problems. Yes, for sure. Yes. I think that, as always, we need to… Again, we talk a lot about it, and that is already a good thing. But we need to get to a point where… There is always, as we say in Belgium, money is the sinews of war. But as a professional, I think we could find solutions that aren’t that expensive. 

For example, if we pave 20 square meters at a certain height, it will cost this much money. If we lower part of the 20 square meters by 5 centimeters for a pedestrian crossing, that isn’t going to cost a lot of money. We would have to pave it on a gradient. I mean, that isn’t going to cost a lot of money. Not even 1 or 2 percent of the price will be allowed to the gradient. But we don’t think about it enough. 

Something interesting happened to me on a newly built road recently. In a way, it was really well done. The tiles for visually impaired people, the tiles with the little [inaudible]. The pedestrian crossing was slightly on an angle, and on the other side, there was an edge. When you cross the street in a wheelchair, you cross, you get to the other side and there is an edge. It’s not enough. It isn’t thought about often enough. Because if the architect made a mistake, that can happen. Humans make mistakes. But the supervisor on site, the team leader, it could be a small company, the team leader could say, “I am going to organize a meeting with the architect and ask if that makes sense. On this side, we had to build a slope. Here, I want an edge. That doesn’t make sense.” So it is also about the staff. You need to think about it. 

And I wanted to mention something else. Ah, yes, recently we had an event in Belgium called “Le relais pour la vie” [Relay for Life]. It’s an event about cancer. You walk, you make teams and you walk. There is a torch and you relay for 24 hours. Well, all the washrooms were… We needed portable washrooms and washrooms for people with reduced mobility. Very good. And we needed at least 10 in two areas. At some point, I went to use the washroom and all three of them were on a slope. So they were all wonky. There was barely 60 centimeters between… Well, it was in a center… [Inaudible]. There was a dirt path and an edge. Not really dirt, but some kind of sand. So every washroom was wonky and only was 60 centimeters wide when you opened the door. Someone in a wheelchair wouldn’t be able to use it. 

Luckily, I am a bit of a daredevil. I was using my foldable chair to get some rest. So I have the chair in the car and, hop, it unfolds. It’s an electric chair. I climbed up the slope and I made it only because I can still walk. I got up and I thought, OK, there is the door. It was a bit… But it went well. They had to buy washrooms and they got them installed by people who didn’t know anything about this. They were told, “Put them there.” “OK, OK, no problem.” Instead of saying, “they will be wonky if we put them there…”—20 meters further would have been perfect. It was flat and everything. 

So it’s about… So many things come into account. That’s why it won’t change overnight, unfortunately. Even if politics decide, “OK, OK, we are going for it.” After that, the architect, “Yes, OK, that’s how we will do it.” We still need the professional on the site to say, “OK, we will do the job well.” There are so many variables. 

But we need to try. That is what the PMR group in Mons, we are really active around Mons. We push the idea off, OK, if we could bring this in… It is still a public group. We talk about it more and more. And people are starting to realize, or some people say, “ Wait, you are right, that is a mistake.” It might be a tile lifted up half a centimeter or one centimeter. For everyone else, that’s nothing. But if I bump into it, my leg will stay there. 

So yes, there are solutions we have thought about or want to see. But it is still a delicate question. We absolutely need to talk about it. And that is why I like, I like what we did today, and I hope we can help move things forwards. 

Chloë: [00:45:47] Exactly. 

Laurent: [00:45:49] For everyone. It won’t be for me individually, but for everyone. 

Isabelle: [00:45:55] That is what we hope for as well. 

Laurent: [00:45:57] That is all I have to say. And your goal is the same as mine, slowly getting to change attitudes. It’s a common idea. 

Isabelle: [00:46:08] Laurent is a very impressive person because he finds solutions to his problems constantly. He doesn’t wait for the occupational doctor to offer him something, because he knows that he is the only one who fully understands his own needs and his own abilities. He is the one deciding when there is a problem and he finds a solution. Then he convinces the occupational doctor that the solution is going to work. And the solutions he finds are pretty innovative. I didn’t even there were wheelchairs on tracks! 

Chloë: [00:46:41] Yes. That’s right. And I wanted to point out that Laurent has had a very unusual career path compared to the rest of our participants, since he started looking disabled after he was hired. In a way, it is possible that it might have been easier to find a job because his disability wasn’t obvious at first. But on the other hand, because his disease evolved as time went by, that means the adaptations needed to change as well. In that sense, his constant negotiation experience to get new adaptations reflects the experiences of many of our participants, even if they don’t have a degenerative disease. 

Isabelle: [00:47:31] Oui, c’est un élément intéressant. C’est aussi important de souligner que Laurent effectue un travail de sensibilisation tout en faisant son travail d’enseignement. Il est bien sûr un modèle pour ses étudiants handicapés, mais il est aussi un exemple pour ses étudiants et collègues non handicapés. Il démontre que les personnes en situation de handicap peuvent travailler, elles peuvent enseigner, elles peuvent même conduire des engins de chantier !

Chloë: [00:47:59] Yes. His story embodies one of our main conclusions: people without a disability are the ones who need sensitization about disability matters. Laurent builds awareness with his coworkers and his students through his teaching position. 

Isabelle: [00:48:19] Yes, and it will have a significant impact because his students are literally going to build the future. 

Chloë: [00:48:28] Thank you for listening. We hope you’ve enjoyed this episode of Broadcastability. You can find us on the web at broadcastability.ca and theproudproject.ca. You can also find us Facebook, Instagram, LinkedIn and YouTube. 

Isabelle: [00:48:57] Broadcastability is produced by the Proud Project at Scarborough College at the University of Toronto, in partnership with Indie 88, Disability Rights UK and SORD (Social Research with Deaf People) at the University of Manchester. Season 2 of Broadcastability is hosted by Dr. Chloë Atkins and Isabelle Avakumovic-Pointon. The music in this podcast was composed and produced by Justin Laurie. Isabelle Avakumovic-Point edited this episode.  

We would like to acknowledge the University of Toronto, Scarborough and our community partners Indie 88, Disability Rights UK, and SORD (Social Research with Deaf People) at the University of Manchester for supporting the production of these podcasts. We would also like to thank our granting agencies, the Canada Social Sciences and Humanities Research Council and TechNation for helping us create season two of Broadcastability.